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Rue 89 & Le Nouvel Observateur

Un article de rue 89 parle d'Ad Scientiam dans un article sur l'internet des objets

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Encore gadgets, les objets connectés vous sauveront peut-être la vie

Publié le 18/05/2014 à 17h44

 

«  Internet des objets  » ou «  Internet industriel  », la presse française n’a toujours pas décidé quel mot choisir. Mais une chose est sûre, les objets connectés sont entrés au Panthéon des grandes révolutions annoncées, jouant des coudes avec les imprimantes 3D et la tablette.

Question de fierté nationale, peut-être  : la France est en pointe dans le domaine, obtenant quatre entrées dans le top 8 des «  gadgets les plus cools  » du journal Wired lors du CES 2014, la grande convention de la hi-tech à Las Vegas.

«  Gadget  » ? Le mot fait mal. Des bracelets fitness «  connectés  » aux brosses à dents, en passant par balances et toilettes (ce n’est pas une blague), le consommateur risque d’avoir du mal à prendre au sérieux la «  révolution  » promise.

Dans le domaine médical pourtant, constructeurs, développeurs et scientifiques nous assurent que bien des vies seront sauvées et que le rapport entre patient et médecin en sera bouleversé (pour le meilleur).

 

Des capteurs presque invisibles sur le corps

Les objets connectés à portée médicale ont commencé à attirer l’attention au Forum de Netexplo de 2013, à Paris, où une start-up chinoise présentait un tatouage électronique [PDF].

Une fois le petit dispositif souple et bourré d’électronique placé sur la peau, il se met à capter toute une série de données et signaux comme la fréquence cardiaque, l’activité du cerveau ou encore, lorsqu’il est placé sur la gorge, certains mouvements de muscles correspondant par exemple aux mots «  gauche  » ou «  droite  ».

 

L’objectif affiché est double  :

  • permettre au médecin d’avoir accès à un «  monitoring constant  » de son patient et d’augmenter les informations à sa disposition pour mieux le traiter ;
  • et que ce suivi au quotidien, moins visible et plus automatisé, affranchisse le malade de contraintes (physiques ou psychologiques).

Capter n’est cependant que la première étape. «  Le Big Data, c’est une chose, mais ce qui compte dans la médecine c’est le smart data  », explique Liouma Tokitsu, PDG d’Ad Scientiam.

« On ne se substitue pas au médecin »

La start-up de dix employés (dont deux médecins et un ergonome), incubée directement dans l’Institut du cerveau et de la moelle épinière à Paris, ambitionne de constituer le chaînon manquant entre recherche médicale, patients et constructeurs d’objets connectés.

«  Notre système permet de recueillir des données en temps réel et utilise le smartphone pour aller poser des questions au patient et transmettre les réponses au médecin. On ne se substitue pas au médecin, on le prolonge.  »

Pas question ici de construire des objets connectés mais plutôt de bâtir les interfaces et protocoles pour les utiliser au mieux. Si de tels objets commencent à foisonner sur le marché, ils devront d’abord obtenir une validation scientifique – par précaution – pour ensuite être utilisés par les équipes médicales.

Ils viendront donc peut-être bientôt cohabiter avec les bonnes vieilles questions, qui sont «  tout aussi importantes  » que les données, insiste Cécile Monteil, médecin généraliste et pédiatre qui travaille à mi-temps à Ad Scientiam.

«  Si une chute de tension, par exemple, est signalée par les données, il faudra tout de même la contextualiser  : est-ce que c’est parce que vous vous êtes levé trop vite, que vous n’avez pas mangé...

Avec notre système, les patients répondent à chaud : ils ne remplissent pas leur carnet une heure avant la visite médicale en oubliant souvent le moment et le contexte des incidents.  »

Smart Data vs Big Data

Appli développée par Ad Scientiam sur smartphone - Ad Scientiam

Et dans un futur proche, un renforcement du suivi médical est prévu : une appli pourrait encadrer le patient en lui envoyant des rappels sur une prise de médicament, la dose mieux adaptée à chaque prise, des conseils d’accompagnement... 

Le développement des technologies d’analyse prédictive est également prometteur. En analysant des schémas et des relations entre données, certains espèrent pouvoir identifier en temps réel les signes précurseurs d’un problème sérieux et prévenir immédiatement le « futur » malade.

La start-up souligne néanmoins sa rigueur scientifique, réaffirmant une démarche «  smart data  » basée sur la causalité, la démonstration et la validation par les médecins, par opposition à la démarche industrielle du «  big data  » qui se contente de la corrélation de ces données dans un prisme de commercialisation rapide et de consommation.

La mesure de soi-même

Cette deuxième «  démarche  » a un nom  : le «  quantified self  », la « mesure de soi-même  ». C’est ce qui fait fureur depuis quelques mois, avec en figure de proue française l’entreprise Withings qui vend des balances connectées, des «  traqueurs fitness  » ou encore une lampe connectée qui adapte la luminosité aux cycles de sommeil de chacun.

Cette approche plus «  gadget  » de la médecine et du corps ne convainc pas Cécile Monteil, bien qu’elle favorise le développement d’objets connectés qui seront peut-être utiles au corps médical :

«  Le Quantified Self peut rendre les gens paranos. Cela apporte des données intéressantes mais souvent inutiles à une personne en bonne santé, et ne fait pas évoluer les comportements. Les individus sont mis en compétition avec eux-même et bientôt avec les autres.  »

On pourrait en effet s’attendre bientôt à voir les utilisateurs de Facebook comparer leurs «  courbes  » sur le réseau social. Le géant vient de racheterl’entreprise Moves spécialisé dans le «  fitness tracking  ». Mais qu’on se rassure, la start-up ne partagera pas ses données avec le géant...

Des obstacles majeurs mais franchissables

Si l’enthousiasme gagne rapidement les milieux tech, cette branche de l’Internet des objets fait aussi face à des obstacles singuliers qui pourraient freiner son expansion.

  • L’aversion pour le risque  : ces technologies ont trait à la santé voire la survie de patients. Logiquement, tant les médecins que les entrepreneurs peuvent ressentir un certain malaise.

Les premiers appartiennent à un milieu conservateur où la déontologie et le principe de précaution est central et peuvent se montrer réticents à transférer une partie de cette responsabilité à des machines.

Les seconds ne voudront pas voir leur responsabilité engagée en cas d’accidents ou de dysfonctionnements, et il leur faudra passer de longues étapes de validation scientifique peu compatible avec les valeurs régissant aujourd’hui le marché.

  • Le long-terme  : le monde des start-up vit aujourd’hui dans l’imagerie des courbes exponentielles, où une idée «  brillante  » décolle et vaut rapidement des milliards.

Cette logique ne peut s’appliquer dans un secteur où la validation scientifique et la coopération sont incontournables. Si entrepreneurs et investisseurs ne le comprennent pas, l’argent pourrait rapidement migrer vers d’autres eldorados.

 

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